Préface au roman

Cher lecteur,

 

Une préface est nécessaire pour introduire à la lecture de mon roman  qui peut désarçonner parfois son lecteur.

Et d’abord, je veux préciser mes deux motivations premières qui étaient: d’une part l’évocation de la guerre d’Algérie et l’errance d’un exilé, d’autre part la dérive d’un système (légèrement « anticipé « ) où règnent la mélancolie et le goût de la destruction.

Si ce deuxième aspect des choses est traité à la façon d’un récit d’anticipation, le premier est une sorte de retour sur l’Histoire et le passé, une quête des origines. Le lien entre les deux est bien sûr à établir. Lorsque des hommes commencent à se transformer en bombes humaines, aujourd’hui, après avoir « porté des valises » hier, ce n’est pas tout à fait anodin, pour moi en tout cas. C’est la suite tragique d’un combat inhumain auquel les gens se voient contraints, pensent-ils, pour leur liberté, et qui enserre encore plus l’humanité dans les filets de sa barbarie.

Je me souviens du jour où le premier adolescent l’a fait en Palestine… où je me suis dit qu’on y allait tout droit, à la barbarie. Nous n’en sommes plus très loin.

Tout est remonté alors de mon passé.

J’entends, « remonté » à en vomir. Tout ce que je pouvais avoir sur le coeur m’est arrivé au bord des lèvres. Et c’est cette matière-là, que j’ai transformée en roman.

Par ailleurs, il y a ma vision de la vie des femmes, et de cet infini tunnel dont elles remontent depuis la nuit des temps, avec plus ou moins de réussite, d’acquis, et de revers. Rien n’est jamais  gagné tout à fait sur ce terrain. Mon héroïne « tente » donc d’être une femme libre dans un univers fabriqué par et pour les hommes.

J’avais envie de parler aussi du quotidien de ces trente dernières années, mais avec un personnage assez moderne, qui émerge de l’aliénation petit à petit.

Et puis, je voulais aussi dire mon sentiment sur la mort qui nous environne, nous cerne, alors que ce que nous devons vivre passionnément, c’est notre vie. Je voulais le communiquer : devenons vivants en nous libérant de tous les carcans qui nous briment et de toutes les vieilles idées racornies !

Inventons l’avenir…

En effet, combien de morts vivants nous font-ils la leçon, de gens courbés, de gens peureux?

La Terre nous appartient, elle n’est à personne ou à tous, comme je l’ai dit ailleurs, et personne ne me dictera quoi que ce soit sur ce terrain.

Cette héroïne est une héroïne de l’énergie. Elle se débat, veut fuir un monde qu’elle refuse. Elle veut aimer, et cherche  le chemin de sa liberté jusqu’à vaciller, puisque rien ne vient déranger l’ordre de cette société qu’elle refuse. Elle finit par comprendre que, si  ce système se maintient, c’est parce que tout le monde « collabore », et même les êtres qui n’y ont aucun intérêt.

Ainsi, et logiquement, aucune solution à attendre d’une lutte individuelle.

Nul réalisme ou naturalisme dans ce roman, juste une épopée moderne et fantasmatique qui renvoie seulement un reflet de notre société, pour en rire aussi parfois. La dérision et l’auto-dérision  doivent être nos postures préférées après le doute.

L’héroïne est parfois un peu cynique, car à force de déceptions, on s’endurcit, mais, à l’inverse,  elle cherche la légèreté.

Je tiens à préciser que cette héroïne n’est pas moi, même si elle dit « Je ».

La particularité du romancier est de se glisser un peu partout, dans tous ses personnages et toutes les situations. Je ne suis donc pas plus en elle qu’en tous les  autres personnages.

Avant tout, je joue avec le récit, les mots, et ne prends pas « vessies pour lanternes », comme dirait Rabelais… Sur ce terrain-là, je dois beaucoup à Vian, aux surréalistes, à R.Queneau… et à Rimbaud pour la force qu’il m’a transmise d’aller contre… et de réaliser son rêve de voir les femmes accéder à la littérature et à la poésie (cf sa phrase mise en exergue au début du livre 2).

J’ai en tout cas, par ce roman, réalisé le mien.

Un dernier mot, car ce roman dans sa totalité est lui-même un hommage funèbre. Hommage à mon père d’abord, dont j’ai glissé quelques pages dans mon récit, puisqu’il a rêvé d’écrire, et à  l’un de mes grands-pères dont j’ai tenté de comprendre la périlleuse vie.

Juin 2009 

(ce roman a été écrit entre 2005 et 2008, corrigé et remanié en 2011 : longue gestation)

Labyrinthe |
Les livres de Pascal Colletta |
filleduchaos |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Juste un espoir
| Biblirene
| cours Master Civilisation, ...